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DETECTION PASSION N° 129 Mars/Avril 2017
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Les incontournables dés à coudre

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Que le prospecteur qui n'a jamais trouvé un dé à coudre en métal cuivreux lève le... doigt !
En général, le débutant a tôt fait de mettre à jour son premier Napo, son premier double tournois et son premier dé à coudre, ancien ou moderne ; un prospecteur assidu en récoltera ainsi plusieurs dizaines dans sa "carrière", car il s'en retrouve partout, dans les jardins, les labours, les pâtures, les bois et les plages. La plupart de ces dés furent égarés dans la nature par des générations de ravaudeuses (1) et de brodeuses, surveillant les bêtes d'un oeil et leur ouvrage de l'autre, par quelques artisans du cuir et les soldats, sans oublier quelques utilisations non conventionnelles : dans le Sud, les femmes s'armaient de dés à coudre pour se protéger les doigts lors de l'ébourgeonnage des vignes paraît-il ; dans les Hautes- Alpes, il y a encore quelques années, les bagues à coudre servaient de "gabarit" au cours de la fabrication des paniers de paille : la paille était passée à travers le dé pour former un toron, qui, par le fait, avait toujours la même section ; on peut observer sur ces bagues à coudre une usure très prononcée à l'intérieur de leur petite section (d'après Franckie). Quant aux dés qui proviennent des labours, ils y sont souvent arrivés avec le tas de fumier ou le contenu des fosses d'aisance urbaines, des petits coins où il était facile de perdre, en s'accroupissant, toutes sortes de menues choseites : monnaies, sceaux, dés à coudre, boutons, etc.

La véritable origine du dé à coudre

Tout d'abord (ça va faire jaser), sachez que le dé à coudre romain est une légende ; jamais un dé à coudre n'a été découvert lors de fouilles (sérieuses) de milieux clos antiques, et le prétendu dé pompéien n'est qu'un élément intrusif, comme tous ceux que vous pourriez trouver dans les publications du XIXe s. ou du début du XXe s., ou dans les musées français, et par conséquent dans certaines publications récentes, dont les auteurs se basent sur leurs sacrosaintes sources, même si elles sont parfois infondées.

imageJ'y ai cru autrefois je l'avoue, comme d'ailleurs les spécialistes de l'instrumentum romain, mais c'est un fait aujourd'hui avéré que le dé romain, et à plus forte raison ("gaulois, n'existe pas, jusqu'à preuve du contraire bien sûr. (A noter que ceci m'a été confirmé par un spécialiste).

Les Anglais l'ont compris il y a quelques années également, et les dés qualifiés de "romains" du British Museum ont été promptement rebaptisés. Le dé à coudre est une invention médiévale ! Les premiers sont produits en Turquie au Xe siècle. On peut penser qu'il apparaît à cette époque pour protéger les doigts des artisans du cuir des aiguilles à chas en acier (auparavant, les aiguilles étaient plus grosses, en bronze ou en os). Les premiers dés à coudre découverts sur notre sol, probablement des dés de bourreliers vu leur taille, présentent une forme ogivale et sont dits "hispano-mauresques", car ce sont les Arabes qui les introduisirent en Espagne aux XIe ou XIIe siècles (certains dés de ce type peuvent porter des lettres arabes à la base). Ces grands dés à coudre pointus très caractéristiques, sont présents dans le sud de la France au XIIe s ; on en retrouve quelques-uns au nord, jusqu'en Normandie (fig. 1), mais ils y sont beaucoup plus rares. Ces dés de bronze ou de laiton étaient réalisés par fonte en creux sur noyau (pas forcément à la cire perdue). Les décors étaient ensuite poinçonnés à la main, et les éventuels filets réalisés au tour.

Le Moyen Age

imageAux XIIIe et XIVe siècles, le dé devient un accessoire indispensable à la ravaudeuse et à la brodeuse, même la plus humble. S'il existe des dés à coudre en cuir au Moyen Age, dont les vestiges sont évidemment très rares, les formes et les procédés de fabrication des dés en métal cuivreux sont déjà multiples, comme le prouvent les découvertes de dés réalisées en fouilles (Rougiers (2) ou Montségur (3) par ex.) :

• Les dés hispano-mauresques s'avachissent et se galbent de plus en plus, probablement en raison de leur incommodité. De plus, dans un dé, le poussoir, la partie supérieure du dé qui permet de pousser l'aiguille, est important pour certains travaux ; les dés pointus n'en possédaient pas évidemment. Cependant, nous verrons plus loin qu'il existe une invraisemblance à ce sujet (fig. 3, 9 et 10). Ces dés galbés (fig. 4), en bronze coulé, sont présents à Rougiers et à Montségur au XIIIe siècle.

image• A la fin du XIIIe s. déjà, apparaissent des bagues à coudre en tôle de bronze, la bague à coudre étant un dé totalement ouvert au sommet. Sur certains exemplaires, la jupe est réalisée avec un morceau de tôle repliée pour former un tronc de cône, puis soudée. Ces bagues à coudre ne comportent en général que quelques lignes de points (fig.2), ou bien sont totalement lisses. Elles préfigurent les bagues à coudre des selliers, bourreliers, cordonniers et soldats.

A ce propos, on trouve mention en 1260 à Paris (4) de la fabrication de dés à coudre pour hommes ; celle-ci est assurée par les fermailliers, fabricants de fermaux, c'est-à-dire des broches, agrafes et boutons destinés à attacher les vêtements. "Quiconques est fremailliers de laton, et il oevre qui ne soit brunie que d'une part....nus du mestier dessud, ne puet faire deux [lire "dés"] pour home et pour fame establis à coudre, qui ne soient bons et loyaux, bien marcheans, de bonne estoffe, c'est assavoir qu'ils soient de bon laton et de fort, et bien ouvrés et loyalement". Il faut remarquer qu'on ne parle pas encore de dés pour femmes, mais simplement "d'établis à coudre". Plus tard, le fabricant de dés sera un "délier".

• Il existe également à cette époque des dés tronconiques en tôle de bronze soudée, presque refermés entièrement au sommet.

• Un nouveau type apparaît en France au XIVe s., le dé en dôme. Il s'agit d'une demi-sphère, plus ou moins parfaite, avec parfois une légère élévation pointue à son sommet. La forme est confortable, mais le dé ne devait pas bien tenir au doigt car sa jupe est très courte.

imageimageCertains de ces dés, peut-être de production anglaise, comportent un petit trou au sommet (voir plus loin).

La fabrication de ces dés était facilitée, puisque la plupart ont été obtenus par emboutissage d’une épaisse tôle de bronze ou de laiton, au moyen d’une matrice et d’une forme en fer.

Cependant, lorsqu’un dé est lourd et relativement épais, il est assez difficile de distinguer le métal embouti du métal coulé.

Si votre dé est bancal, c’est souvent le cas, c’est très probablement parce qu’il a été obtenu par emboutissage. Le dé embouti était ensuite recouvert au poinçon ouau foret de lignes de points serrés se terminant généralement en spirale au sommet.

Lorsqu’il s’agit de dés coulés à la cire perdue, on peut imaginer que les points étaient appliqués sur la cire avant la coulée.

image• Le modèle hybride, entre le dé pointu et le dé en dôme, à jupe mi-longue et au poussoir arrondi ou légèrement pointu, apparaît au XIVe s. C'est la forme la plus appropriée pour le doigt. La plupart sont en bronze ou en laiton embouti ; les points sont toujours disposés manuellement.

La Renaissance et l’époque moderne

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Pour la période XVe / XVIe s., la documentation est difficile à dénicher, mais on peut dégager quelques grandes lignes : les dés sont de deux formes, mais leur hauteur augmente considérablement.


• On trouve le dé en tronc de cône, plus ou moins évasé, à jupe droite et au poussoir presque plat. La ponctuation est plus ou moins irrégulière ; les petits triangles remplaçant les points semblent apparaître au XVIe s. sur les dés, peut-être au XVe s. sur les bagues à coudre allemandes comme le montre la figure ci-dessus (fig. 15). Ces dés sont emboutis pour certains, et coulés pour d’autres (lorsque le poussoir est épais et lourd, ou qu’il comporte des motifs en relief, le dé a probablement été coulé).


image• Les autres dés possèdent un poussoir en dôme, mais leur jupe est droite et haute. La ponctuation est irrégulière (les points sont en général très gros sur ces modèles). Les fabricants de dés français produisirent certainement de très bons dés à coudre aux XVe et XVIe s., mais avec l’augmentation de la demande, la ville de Nuremberg (Allemagne), spécialisée dans le travail des métaux et la bimbeloterie depuis le XIVe s., s’intéressa à la production et à la commercialisation de dés à coudre bon marché.

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La première mention de dés à Nuremberg date de 1373 ; en 1462, la fabrication des dés à coudre est dévolue à la corporation des chaudronniers de cuivre. Les dés allemands du XVIe s. étaient souvent argentés ; ils sont assez évasés.

Ils portent en principe des poinçons disposés au départ du pointillé, et parfois des décors à la base. Si l’emboutissage des dés à coudre en bronze ou laiton, réalisé à partir du XIVe s., et le coulage, ne présentaient pas de grosses difficultés techniques, les recouvrir à la main de points ou de triangles était assez long et pesait sur le prix final. Malgré leur technologie avancée, les bimbelotiers de Nuremberg ne parvinrent pas à réaliser ce travail mécaniquement semble-t-il.

Ce sont les Hollandais qui, au début du XVIIe s. mirent au point la première machine à “ponctuer” les dés emboutis. Ces dés présentent alors une sorte de petit collet battu à la base, et plus tard la trace des griffes de la machine (fig. 22) ; les points, très serrés, sont ordonnés régulièrement sur leur surface.

Cependant, dans la première moitié du XVIIe s., peutêtre un sursaut des déliers français ou nurembergeois pour tenter de concurrencer les dés “mécaniques” qui s’annonçaient, on trouve quantité de dés, coulés pour la plupart, poinçonnés à la main de petits triangles (fig. 19).

D’autres, presque cylindriques, portent de petits écussons, souvent trois fleurs de lys (fig. 20).

imageA partir du XVIIIe s., le procédé hollandais sera repris un peu partout ; le dé embouti, tronconique ou en dôme, à jupe longue et de plus en plus mince, portera désormais une ponctuation régulière, facile à reconnaître.

La taille des dés

Si les dés sont adaptés aux doigts de leurs utilisateurs ou utilisatrices (on trouve parfois d’énormes dés, de bourreliers ou de tailleurs probablement), il existe des dés minuscules, que même un enfant en bas âge a peine à mettre au doigt. On peut penser qu’il s’agit alors de dés de poupées.

Les dés en métal précieux

imageNous avons volontairement occulté les dés en argent et en or car ce sont des trouvailles beaucoup moins courantes que les dés en métal cuivreux. La plupart des dés en argent retrouvés (ils sont relativement courants malgré tout), datent du XVIIIe jusqu’au début du XXe s. Ils sont souvent décorés, et leur ponctuation est régulière. Ala fin du Moyen Age, les dés en argent existaient certes, mais ils étaient réservés aux riches et ne se perdaient pas beaucoup dans la nature.


Dans l’inventaire du trousseau de Bianca Maria Sforza, fille du duc de Milan, en 1493, lors de son mariage en secondes noces avec l’empereur Maximilien de Habsbourg, on lit par exemple la présence des objets suivants : “8000 aiguilles, 9000 épingles et six dés d’argent” (5).

Quant aux dés en or, ils sont très rares à trouver. J’en ai vu quelques-uns, assez récents, dont celui de Jean-Philippe ci-dessus (fig. 24), un autre trouvé dans l’ornière d’un chemin et complètement écrasé (!), et enfin un dé en ivoire ceint d’un anneau d’or.

imageimagePour information, les collectionneurs de dés à coudre sont les digitabuphiles ; les collections tournent généralement autour des dés en porcelaine ou en métal précieux; nos dés terreux et verts ne les intéressent guère ;o)
Nettoyer un dé coudre : Le nettoyage d’un dé à coudre en bronze peut s’avérer fastidieux lorsqu’il faut déboucher les points un par un. On pourra essayer d’appliquer sur le dé une pâte adhésive ramollie à la chaleur, du genre Patafix, et de la décoller lorsqu’elle est refroidie.
La crasse peut partir d’un coup avec cette méthode, mais si la patine est fragile, elle peut partir avec elle.

NB : Les datations et les informations données dans cet article sont sous réserves. Si vous possédez de la documentation
sur l’industrie du dé à coudre, et plus généralement de l’industrie métallurgique en Allemagne ou en Hollande à la Renaissance, merci de nous en faire part.

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Art. L 542 : Nul ne peut utiliser du matériel permettant la détection d'objets métalliques, à l'effet de recherches de monuments et d'objets pouvant intéresser la préhistoire, l'histoire, l'art ou l'archéologie, sans avoir aupréalable obtenu une autorisation administrative délivrée en fonction de la qualification du demandeur, ainsi que de la nature et des modalités de recherches. Les contrevenants sont passibles d'amendes de la classe 5. Cette réglementation a pour but la protection des sites archéologiques. Les autorisations de recherches archéologiques effectuées à l'aide de détecteurs de métaux sont à demander au préfet de la région concernée

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