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DETECTION PASSION N° 130 MAI/JUIN 2017
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Découverte d’une boursée de méreaux.

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Publiée sur le forum de Détection Passion à la mi-juin, cette trouvaille
d’une cinquantaine de méreaux en plombétain a été réalisée fortuitement par Gérard, Caroline,
Emeline et Cham, dans un jardin situé à quelques centaines de mètres de l’abbaye bénédictine Saint-
Georges de Boscherville (commune de Saint-Martin-de-Boscherville, Seine-Maritime).

Le style graphique de cesméreaux, dont les revers portentdes croix simples aux extrémitésbouletées, ou cantonnées de globulesà la manière des revers demonnaies, est caractéristique duXIIIe siècle. Les hachures sont àcette époque droites et serrées,alors qu’au début du XIVe s. leshachures se présentent souvent enbiais, donnant un aspect “cordé”au décor de bordure.Cette trouvaille bien groupéeprésente des méreaux avec unefaible usure et en excellent état,sauf accidents... “potagers”. Elle secaractérise en outre par la répétitiond’un certain nombre de plombsde décors et de facture identiques.Pour toutes ces raisons, on peutdonc penser au contenu d’une boursemédiévale, ou “boursée”.Ce type de bourses était fréquentdans le petit peuple, troppauvre pour disposer de bonnesmonnaies d’argent, comme lesouvriers journaliers payés “à mérelles”,qui allaient ensuite changerleurs plombs contre de l’argent oudes vivres en fin de semaine.Un petit méreau possédait unecontre-valeur d’un quart de denier.Le poids de chaque méreau de cetensemble n’a pas été indiqué, maisnous savons que leur poids varie de0,48 g à 1,08 g. Certains étantmanisfestement de diamètre réduit,cette boursée doit se composer deméreaux simples, une vingtaineapparemment, et, peut-on penser, deméreaux doubles, d’une contrevaleurd’un demi-denier, soit la valeurd’une maille ou d’une obole tournois.Ce n’est qu’une hypothèse,mais la valeur de la bourséepouvait donc avoisinerles 20 deniers, soitapproximativement lavaleur de deux “grostournois” d’argent à la findu règne de Saint Louis(1 gros = 1 sou = 12deniers tournois). C’estfort peu et beaucoup à lafois ; tout dépend qui lesavait en poche. (En 1295,un cheval pour attelervalait 3 £ 10 s., soit 70gros tournois).

Francois VILLON, dans “LesRepues franches” a évoqué les“escoliers logeant le diable dansleur bourse (vide)”, et “une bourse,d’argent legière, qui estoit pleine de mereaulx”

image(1). C’était d’ailleurspour conjurer le sort, que les reversdes monnaies, comme ceux denombreux méreaux, portaient unecroix, censée écarter le démon etl’empêcher... d’envahir sa bourse !Pour d’autres raisons, il en allaitde même des chanoines priant enchapitre et payés au nombre d’heuresde prières effectuées, selon lemérite de la pénibilité (c’était pluscher la nuit) ; le stock de plombsconstitué était échangé en fin desemaine auprès des “hebdomadiers”.Malgré la modicité des sommes,quelques chanoines firent toutefoisfortune en... magouillant unpeu. Ces quelques vers d’un chanoinede Rouen (en 1634) sontassez éloquents à ce sujet :

“Je ne gagne pas la mailleSi dans le choeur je ne travaille.Le distributeur à l’obitVient faire son petit débit.Sous le surplis ou sous la chapeToujours quelque méreau j’attrape.Et pourtant jamais je ne disLibera ni De Profundis”.

image(2)Les méreaux de rémunérationdes prières religieuses des chanoinesportaient parfois la premièrelettre ou initiale de l’heure de laprière (séries A, B et C des clichéspage suivante) : MATVTINE ouMatines, première partie de l’officedivin que l’on récite la nuit ou àl’aube, Missa pour les heures de lamesse, None pour la neuvièmeheure, Ave pour l’Ave Maria (“Jevous salue Marie”) et l’angélus,prières récitées concomitammentmatin, midi et soir au son des cloches(l’angélus commémore l’annonciationà Marie par l’angeGabriel, angelus en latin, de la prochainenaissance du Sauveur).On sait aussi que la mise boutà bout de certains plombs portantde méreaux. Découverte d’une bourséePL’abbaye Saint-Georges de Boscherville.

Les méreaux de rémunérationdes prières religieuses des chanoinesportaient parfois la premièrelettre ou initiale de l’heure de laprière (séries A, B et C des clichéspage suivante) : MATVTINE ouMatines, première partie de l’officedivin que l’on récite la nuit ou àl’aube, Missa pour les heures de lamesse, None pour la neuvièmeheure, Ave pour l’Ave Maria (“Jevous salue Marie”) et l’angélus,prières récitées concomitammentmatin, midi et soir au son des cloches(l’angélus commémore l’annonciationà Marie par l’angeGabriel, angelus en latin, de la prochainenaissance du Sauveur).

On sait aussi que la mise boutà bout de certains plombs portant des lettres de l’alphabet permettaitde composer des mots commele font aujourd’hui les joueurs descrabble. On s’amusait souvent àécrire le mot, galant ou mystique,AMOVR, amour physique ou amourspirituel porté à la Vierge.Notons que les trois lettresrépétées A, M et N que l’on trouvesur ces méreaux, pouvaient formerune partie du mot AMIENS. Or,parmi ces méreaux médiévaux, plusieurs(E1 à E5) semblent ornés detrois styles de têtes humaines stylisées,telles qu’on pouvait en rencontrersur des méreaux utiliséslors du pèlerinage à Saint-Jean-Baptiste d’Amiens, une église quipossédait la tête-relique de saintJean-Baptiste, coupée et déposéesur son plat. Ainsi, sur les petitsméreaux comme sur certainesenseignes d’Amiens, la tête styliséereposait au centre d’un disquemétallique censé représenter cefameux plat.

Les méreaux amiénoisétaient achetés à l’entrée dusanctuaire contre de la monnaie,jugée impure, puis remis dans lesanctuaire par les pèlerins désirantacquérir un cierge pour prier lesaint et obtenir un miracle.Les séries géométriques (D1 àD7) présentent des figures (rosacesà 4 ou 8 pétales) pouvant s’inscriredans les décors de méreauxdits “aux roues de moulins”, donton peut imaginer qu’ils pouvaientdonner accès à la mouture d’un sacde farine au moulin banal.La présence de plusieursméreaux (F1 à F7) dont l’avers imiteles deniers champenois au “peigne”,surmonté ou non d’anneletsou de globules, semble indiquerune rémunération de salaire, changeableà terme en bons deniers de“Champaigne” (ou “champ-peigne”,jeu de mots comme la populationd’alors les aimait, illustré sur lesmonnaies et facile à comprendre,même pour qui ne savait pas lire).La Champagne était une granderégion de foires et de commerceau XIIIe s., très fréquentée par lespopulations venues d’autres régionset pays, et un passage sur la routede grands pèlerinages.Tous ces éléments pourrait fairepenser au contenu de la boursed’un chanoine, revenant peut-êtred’un pèlerinage et étant passé parla Champagne et la Picardie, disposantde quelques autres mereauxde rémunération, éventuellementémis par l’abbaye Saint-Georgestoute proche. Cependant, l’homogénéitéde style de la plupart de cesméreaux peut laisser perplexe.

On les croirait de la patte du mêmegraveur de moules, même s’il estdélicat de se baser sur une simplecroix et quelques hachures.Alors, production locale de l’abbayeSaint-Georges, ou méreauxrapportés en Normandie par un“étranger” ? Le mystère reste entierpour le moment. Et par quel malencontreuxhasard cette bourse a-telleété perdue ? Est-elle tombéealors que son possesseur franchissaitun passage périlleux, ou qu’ilsatisfaisait à la hâte à un besoinnaturel ? (On a déjà vu le cas enfouille, et le résultat dans une fossed’aisance). Ou bien serait-il mortsoudainement, et la bourse auraitelleété déposée à côté de sadépouille ? Autant de possibilitésque seul l’examen très attentif desindices et des particularités géographiquesdu lieu de la trouvaillepourrait révéler.

En tout cas, cette boursée de méreaux est un document rare et précieux, qui pourra désormais être publié et étudié par les spécialistes.

(1) - François VILLON (1431-?, après 1463).La quatrième repue franche. L’acteur (extrait).L’accord fut dit, l’accord fut faict,Devant tous, non pas en arrière.Lors le gallant tire, de faict,De dedens sa gibecièreUne bourse, d’argent legière,Qui estoit pleine de mereaulx,Et chanta, par bonne manière,Haultement, ces mots tout nouveaulx.
(2) - Extrait de : Jacques LABROT, Une histoireéconomique et populaire du Moyen Age, Lesjetons et les méreaux, page 46, EditionsErrance, 1989.


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