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DETECTION PASSION N° 133 Novembre/Décembre 2017
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Un coin monétaire romain

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imageNous ne le répéterons jamais assez, les coins monétaires en bronze, simples petites masses de métal oxydé, ne ressemblent pas à grand chose quand ils sont découverts fortuitement(1).

Soyez donc très vigilants et ne jetez rien de vos trouvailles.

Le coin romain d’Archéodom dont il est question ici se révèle être un document exceptionnel. Il a été découvert en surface, fin 2005, dans la Nièvre, à 30 km au nord-ouest de Nevers, alors que l’inventeur regagnait son véhicule ! Après une reconnaissance minutieuse, le labour n’a livré que cet objet et quelques éclats clairsemés de tegula, mais rien de vraiment probant qui puisse laisser soupçonner la présence d’un bâtiment antique à cet endroit.

Description

Ce coin en bronze mesure 37 mm de hauteur et 33 mm de largeur au plus fort. La partie supérieure est tronconique et proprement usinée ; après un léger ressaut du métal, permettant probablement de caler le coin dans l’enclume, la partie inférieure est cylindrique, avec une base en biais(2).
Il s’agit de toute évidence d’un coin dormant, c’est-à-dire d’un coin fixe, calé dans une enclume, sur lequel on posait le flan d’argent vierge, et qu’un ouvrier empreignait avec le coin mobile de revers en frappant à l’aide d’un marteau.
En principe, la durée d’existence d’un coin dormant était supérieure à celle du coin mobile, l’enclume absorbant une partie des forces. En théorie donc, les coins mobiles devraient être plus nombreux (ce qui n’est pas le cas).
Si le coin dormant correspond à l’avers des monnaies, portant généralement le buste d’une divinité sous la République, et plus tard celui de l’empereur, il s’avère que c’est le contraire pour celui-ci. Il correspond en effet à ce que l’on qualifie comme le revers d’un denier émis en 32-31 avant J.-C. par Marc- Antoine (83-31 av. J.-C.).

A/ : Galère trirème (à trois rangs de rames, et par conséquent trois rangs superposés de rameurs)
voguant à droite, l’acrostolium (ornement) à la poupe.
Au-dessus, la légende : ANT(onius). AVG(urus),
“Antoine, augure”, et au-dessous :III VIR R(ei) P(ublicae) C(onstituandae),“Triumvir pour la restauration de la République”.

R/ : Aigle légionnaire tourné à droite entre deux étendards.
Dessous, le nom de la légion.
Au moins 23 légions auraient été ainsi “honorées” par Marc Antoine au revers de ces deniers.

Legio VIII Gallica
Ce coin porte LEG VIII, pour la Legio VIII Gallica, l’une des plus anciennes légions de l’armée romaine.
La VIIIe participa dès 58 avant J.-C. à l’invasion de la Gaule avec Jules César. Elle se battit contre les Nerviens et fut présente à Gergovie en 52.
Toujours aux côtés de César, elle prit part aux combats de Dyrrhachium et de Pharsale contre Pompée en 48. Démobilisés à la mort de César, les soldats de la VIIIe reçurent des terres en Campanie. Réactivée par Octavien, le futur Auguste, la Legio VIII Gallica combattit pendant toute la Guerre civile, notamment à Philippes, puis à Actium contre... Marc Antoine justement. Devenue la Legio VIII Augusta grâce à Auguste, elle installa ses quartiers en Bulgarie.

En 69 après J.-C., elle prit le parti des Flaviens et combattit contre Vitellius à Bedriacum (près de Crémone en Italie) pour Vespasien. Victorieuse, elle partit rétablir la Pax romana et installer un camp permanent à Mirebeausur- Bèze, tout près de Dijon. Sur ordre de Domitien, elle quittera enfin ce camp pour celui de Strasbourg où elle restera plusieurs siècles, assurant l’essor de cette cité.

imageMarc Antoine

Marc Antoine, fidèle lieutenant de César, forma après la mort de celui-ci le second triumvirat avec Octave (Octavien, futur Auguste) et Lépide (43 av. J.-C.).

Vainqueur de Brutus et Cassius à Philippes, il obtint l’Orient en partage. Il s’éprit de Cléopâtre VII, reine d’Égypte, négligeant les intérêts de Rome et son épouse, Octavie, la soeur d’Octave ; ce dernier le vainquit àActium (31 av. J.-C.) ; assiégé dansAlexandrie, il s’y donna la mort.

Atelier itinérant ?

imagePour l’ensemble des deniers des légions, M. Crawford aurait relevé une estimation de 864 coins de droit et de 960 coins de revers, représentant une production massive comprise entre deux et quatre millions de deniers(3) (soit entre 8 et 16 tonnes d’argent(4) !).
D’après les catalogues, ces deniers auraient été frappés à Patras en Grèce, où Marc Antoine passa l’hiver de 32-31 av. J.-C. avant d’aller se perdre à Actium. On trouve cependant la mention “d’atelier itinérant” dans la littérature, ce qui me semble plus logique ; ces ateliers ont-ils suivi les légions(5), avant ou après Actium ? La littérature étant peu abondante sur le sujet, je laisserai aux spécialistes le soin de nous éclairer sur ce point…
Quoi qu’il en soit, les deniers des légions sont assez courants en Gaule ; ils ont probablement circulé très longtemps car ils sont généralement bien usés.
La gravure du coin présentant une petite particularité dans la légende, à savoir que le E de LEG est plus grand que les autres lettres, j’ai cherché dans les catalogues un denier de la VIIIe légion présentant cette caractéristique, et un denier, retrouvé dans la vente Elsen n° 85(6), semble bien correspondre au coin d’Archéodom, comme le montre la superposition des clichés.

imageReste une grande question :
que faisait ce coin monétaire dans un champ de la Nièvre ? S’agit-il d’un coin officiel ou du coin d’un faussaire ? Ces deniers ne présentant pas un graphisme extraordinairement compliqué, ils devaient être relativement aisés à contrefaire.


Les faux-monnayeurs auraient pu jouer avec la forte demande et le titre du métal pour gagner leur croûte, puisque celui des deniers officiels était déjà altéré…
S’il s’agit d’un coin officiel, peut-être a-t-il été perdu dans le cadre d’un atelier légionnaire (?) itinérant, ou bien volé (mais où ?) et égaré, ou bien encore déposé dans une tombe(7) comme une découverte ancienne l’a déjà montré ?

 

(1) : C’est ainsi qu’à la lecture de Détection Passion n° 61 (à propos d’un poinçon de coin
séquano-helvète) un prospecteur a dernièrement exhumé de sa “boîte à merdouilles” un coin monétaire gaulois qui sera prochainement publié.
(2) : Il semble que la forme générale des coins dormants romains en bronze soit assez fluctuante : conique, tronconique, cylindrique comme celui-ci, ou sous forme d’une rondelle épaisse. (Voyez à ce sujet : Jean Bessou, L’atelier monétaire antique, Détection Passion n° 53, pp. 5-7).
(3) : D’après www.cgb.fr
(4) : Le poids théorique du denier est à l’époque de 3,96 g. Cependant, il apparaît que les deniers des légions sont en général plus légers, à peine plus de 3 g, et composé de 80 % d’argent seulement.
(5) : Des coins monétaires ont déjà été retrouvés dans des camps légionnaires, par exemple des coins de Tibère à Vindonissa (Suisse).
(6) : www.elsen.be
(7) : Ce qui pourrait expliquer la présence de quelques fragments de tegula.

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